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Nouveau cas d'école en matière de mobilisation digitale des Français. L'émotion suscitée par la mise en examen de Stephan Turk, le bijoutier niçois qui a tué mercredi un des braqueurs de son magasin semble pousser certains commentateurs dépassés à faire naitre un mouvement de révisionnisme digital pour tenter d'expliquer l'ampleur de la mobilisation des Français sur les réseaux sociaux qu'ils n'arrivent pas à comprendre.

Comment expliquer la mobilisation des Français au bijoutier de Nice sur les réseaux sociaux ?


Publié le Dimanche 15 Septembre 2013 à 13:53 l Actualisé le 19/09 - 23:42


Comment expliquer la mobilisation des Français au bijoutier de Nice sur les réseaux sociaux ?
Par Florian SILNICKI, Expert en stratégie d'information et de communication de crise.

L'analyse du contenu conversationnel de la page révèle très objectivement que mis en lumière par les médias, ce fait divers est apparu comme une injustice sociale suffisamment flagrante aux yeux des Français pour qu'ils se mobilisent sur Facebook pour exprimer leur soutien à l'un de leurs compatriotes et faire pression sur la justice pour tenter d'influer sur le cours de sa décision.

Tenter d'expliquer la mobilisation digitale et sociale par l'achat de « Fake followers » ou nier la sincérité de leur engagement, c'est comme espérer masquer la fumée qui s'échappe d'un feu de cheminée en y jetant de l'huile. C'est surtout risquer d'attiser encore plus la colère des Français qui tentent de se faire entendre face à ce qu'ils considèrent comme une injustice.

Le questionnement qui naît de cette mobilisation est étonnant en ce qu'elle révèle la sous-estimation du pouvoir mobilisateur des réseaux sociaux sur un fait divers alors même que l'émotion et l'empathie sont exacerbées dans le monde virtuel.

L'expression du mécontentement des Français a évidemment subi une profonde mutation. Alors que tous les résultats indiquent qu'une mobilisation sociale de ce genre n'est possible que sous certaines conditions optimales, un mouvement révisionniste digital tend à remettre en question la véracité de l'engagement social des Français pour nier et minimiser cette mobilisation.

Comme pour ceux qui nient l'existence des chambres à gaz pendant le Second conflit mondial, ou ceux qui affirment que Lady Diana a été assassinée, confronter les arguments est très difficile parce que l'analyse des données livrées par Facebook est très compliquée. Surtout, tous ceux qui cherchent légitimement à analyser cette mobilisation sociale en temps réel sont confrontés au fait que Facebook ne livre pas l'intégralité de ses données en temps réel. C'est la même articulation intellectuelle qui a lieu ici puisqu'il s'agit plus de convictions personnelle appuyées par de supposées preuves invérifiables que d'un constat objectif et chiffré.

Chacun a pu mesurer le véritable élan de solidarité qui s'est déclenché sur le web depuis la mise en examen du Bijoutier. La mobilisation citoyenne a été immédiate et exceptionnelle.

La puissance des réseaux sociaux a opéré. L'émotion et la solidarité se sont emparées des internautes. Les communicants savent à quel point un fait divers couplé à une injustice peuvent constituer un facteur de mobilisation sociale particulièrement puissant.

Avec un million de «J'aime», la page «Soutien au bijoutier de Nice» a été approuvée par un membre français de Facebook sur 26.

Il est étonnant de constater que personne ne se soit rendu compte que grâce aux réseaux sociaux, les Français peuvent aisément partager leur mécontentement. Suffisamment diffusé, Facebook est une technologie démocratisée et accessible qui permet au Français mécontent de pouvoir diffuser ses critiques au monde entier.

Plus qu'une réponse, le Français qui s'engage sur cette page attend une prise en compte de sa demande comme un client mécontent attend de la marque une réponse à sa remarque négative sur une page Facebook corporate. Aucun dispositif digital gouvernemental ne semble pourtant en mesure de répondre aux attaques qui se multiplient contre la justice sur cette page.

En s'engageant sur cette page, les Français expriment clairement un sentiment d'utilité et de contribution sociale.

Tenter d'atténuer la mobilisation des Français sur Facebook n'a tout simplement aucun sens. Il révèle surtout le manque de prise en compte du fait que les réseaux sociaux ont bouleversé les modalités traditionnelles de mobilisation.

Cette exceptionnelle mobilisation dans un nouvel espace d'expression et de mobilisation non modéré permet à chacun de s'exprimer librement et fortement. Les doutes émis sur cette mobilisation démontrent à quel point le temps de l'action politique est bouleversé par l'instantanéité et l'effet de masse immédiat que peut, tel l'effet boule de neige, engendrée une opinion publiée par n'importe quel citoyen.

Alors oui, sans détour, il faut admettre qu'un simple "j'aime" Facebook peut difficilement être à la hauteur de la complexité du traitement des réponses à apporter aux difficultés juridiques posées par ce fait divers. Recomposée, l'opinion publique se mobilisera de plus en plus fortement et facilement et ce sont là tous les équilibres traditionnels de la communication qui sont remis en cause.

Chacun savait que les médias sociaux avaient bouleversé la communication. Chacun mesure désormais à quel point ces réseaux digitaux ont avant tout le pouvoir du nombre. Facebook et Twitter permettent de rassembler en quelques jours des millions de personnes autour d'une cause. Par le pouvoir du nombre et l'instantanéité de la diffusion d'une mobilisation, un simple fait divers tragique est transformé en facteur d'indignation nationale qui interroge sur la société et ses valeurs.

Ce sont ainsi aujourd'hui, bien démunies face aux critiques ainsi exprimées et relayées, les institutions judiciaire et policière, avec les désastreuses et durables conséquences sur leur image qui pèsent sur elles, qui sont mises en cause par un outil gratuit.

Alors acte fondateur d'une "démocratie 2.0" ou mobilisation éphémère des Français ? Chacun pourra tenter d'apporter son oeuvre à l'édifice de la réponse mais personne ne pourra plus douter du fait que les réseaux sociaux ont fait émerger une opinion publique qui, relayée par les médias traditionnels, a une puissance de saturation de l'espace médiatique à ne pas sous-estimer.

Il est d'ailleurs particulièrement intéressant de remarquer que c'est surtout sur les avocats de chacune des parties prenantes que va peser la gestion de cette mobilisation sociale digitale alors que la communication sous contrainte judiciaire est une discipline qui naît à peine en France. Chacun peut mesurer à quel point dans l'affaire de fraude à la Société Générale, cela a coûté cher à Jérôme Kerviel alors que les cabinets de conseil en communication de crise œuvraient dans l'ombre pour réhabiliter la réputation de leurs clients tout en accablant la partie adverse.






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